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FEUILLES D'ESPOIR

 

Chers amis, ce blog est un espace d'échange, un coin de liberté où, veste tombée, cravate desserrée, vous et moi pourrons taquiner l'actualité. Politiquement incorrect toujours, légitimement offensant parfois, il sera, je l'espère, un p'tit coin pour apprécier les promesses de la vie et les tourments des hommes qui attendent trop de la… vie.

Sidy

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[11/07/2008 17:00]
Malades de la politique



ENCORE UN REMANIEMENT ANNONCÉ
Le Sénégal malade de sa classe politique

Le remaniement qui est annoncé devra consacrer la naissance du cinquième gouvernement en quatre ans. Cette situation cumulée aux différentes élections qui ont accompagné l’installation de ce régime montre bien l’omniprésence de la politique au Sénégal. Et le travail, il commence quand alors ?

« En politique, il ne faut jamais rien croire tant que ça n'a pas été officiellement démenti ».   
Otto Von Bismark

« En politique, il faut donner ce qu'on n'a pas, et promettre ce qu'on ne peut pas donner ».   
Louis XI

« On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n'en fait pas davantage sans ».   
André Malraux


Le camouflet avait fait grand bruit au Sénégal. Les hommes politiques si prompts à faire la leçon avaient perdu toute envie de plastronner après les résultats d’un sondage Nouvel Horizon – BDA publié dans l’édition n° 181 du 6 août 1999. Pour la première fois, ils pouvaient se regarder sur le miroir de l’opinion publique. 20,4 % des sondés dakarois (500 au total) les trouvaient « menteurs et démagogues » ; 19,7 % estimaient qu’ils « ne pensent qu’à s’enrichir » et « détournent l’argent du pays » et 12,1 % les jugeaient « peu sérieux, incapables ». Implacable ! Mais il faut croire qu’ils sont insubmersibles. Car tout porte à croire que ce signal envoyé par les citoyens n’a pas été pris en compte. La politique est trop présente dans notre pays, comme si la petite pelote qui en a fait une activité professionnelle veut nous faire croire qu’elle est le meilleur raccourci pour le développement. Après la publication des résultats des dernières législatives, le président Wade avait promis que les années suivantes allaient spécifiquement être consacrées au travail. Mais, c’est connu, on ne se refait pas… Le monde de la politique reste ainsi, chez nous plus qu’ailleurs, un monde permissif, l’univers de la contorsion, des engagements reniés et des convictions filiformes. La politique est ici une fin, pas un moyen ; le raccourci idéal vers la réussite. A tout prix !
Depuis les derniers mois qui ont précédé l’alternance, le Sénégal est en campagne électorale perpétuelle : présidentielle (deux tours), référendum constitutionnel, législatives, municipales… Et voilà déjà qu’on prépare 2006 et 2007. Entre ces événements, bien entendu, il y a eu quatre gouvernements, sans compter celui qui est annoncé. Les disputes politiques se multiplient, les actes de violence essaiment à vive allure et le pays tout entier glose sans cesse sur la moindre déclaration du plus insignifiant des partis politiques. TOUT est-il finalement politique au Sénégal ?

Politiciens professionnels
Dieu sait pourtant que la classe de ces politiciens professionnels est loin d’être représentative de la quintessence de la nation sénégalaise. Nombre de responsables de l’Etat, et pas des moindres, ne sont guère des « lumières » sur le plan intellectuel. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais exercé une activité professionnelle connue. Leur seul mérite, c’est d’avoir fait de la politique. Ils en vivent et sont prêts à tous les reniements pour s’accrocher à la locomotive du pouvoir. Les exemples sont légion. Qui aurait imaginé que certains caciques du PS si féroces dans leur lutte passée contre le PDS abandonneraient aussi vite le parti socialiste pour aller se servir à la table du nouveau prince ? Et qui aurait pensé que Wade sortirait sa brosse à lustrer pour « retaper » ses anciens adversaires au nom d’une logique fort simpliste de « la conservation du pouvoir » ? On est loin de la conviction dans tout cela. On croyait que la « lumière » viendrait de Wade, mais on nage là en plein dans le cambouis. C’est sous son magistère qu’Abdoulaye Diack, l’ex-édile kaolackois a osé dire à ses électeurs : « J’ai certes volé, mais ce que j’ai volé, nous l’avons mangé ensemble ». On a compris, en politique, tout passe dans notre pays. C’est encore sous Wade qu’Alé Lô a changé de liste électorale en pleine campagne, passant du PS au PDS sans sourciller. Non, tout ça n’émeut personne puisque nous sommes en politique « sénégalaise ». La précision est de taille.
Les exemples de contorsion politique peuvent être multipliés à l’infini. Prenez le cas de Djibo Kâ, le leader du l’URD. En mars 2000, il avait préféré Diouf à Wade qui, dans son entourage, était peint sous les traits du diable. La suite a été moins heureuse pour lui. Mais au moment où il commence à « relever la tête ». N’est-ce pas lui qui déclarait lors d’une interview à Nouvel Horizon (n°384 du 1er août 2003) : « Nous avons connu une situation extrêmement difficile par l’incompréhension de nos compatriotes, par notre choix au deuxième tour de l’élection présidentielle du 19 mars 2000. A l’époque, je disais à mes amis que le meilleur juge, c’est le temps, mais surtout les réalités économiques et sociales. Ce gouvernement qui va s’installer enfoncera le Sénégal dans des impasses extraordinaires par l’incompétence et par l’arrogance ». Pourquoi diantre discutailler aujourd’hui avec Wade alors ? Evidemment, toute la démarche a été savamment habillée dans un ample costume orné de « conditions » en trompe-l’œil, mais le diable habillé en noir ou en blanc reste toujours le diable. Que dire aussi d’Iba Der Thiam qui a été l’un des contempteurs les plus hardis de Wade avant l’alternance mais qui passe aujourd’hui pour son thuriféraire le plus résolu.

Les délices du pouvoir
Le pouvoir gommerait-il toutes les aspérités de la vie ? Doit-on se résoudre à accepter, comme Cabu, le célèbre dessinateur français, que « c’est peut-être ça la politique, le compromis perpétuel : entre compromis et compromission » ? Ou admettre comme Jerôme Garcin qu’en politique, « le succès est à ceux qui savent jouer, sur la scène publique, des rôles de composition et connaissent les lois de l’éloquence » ? Assurément non ! Il est grand temps que les hommes politiques soient attendus sur leurs engagements et jugés sur leurs actes. On ne peut plus accepter la panade politicienne qui nous sérine depuis des lustres qu’en cette matière, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. A défaut de quoi, Wade continuera toujours de « promettre ce qu’il ne peut donner », (nous savons déjà qu’aucun de ses “grands projets” ne sera inauguré pendant ce septennat, et peut-être même jamais), d’autres pouvoiristes continueront de créer bruyamment des micro-partis pour ensuite se fondre dans la formation au pouvoir. Le Sénégal, comme le suggère Abdourahim Agne, gagnerait à ce que des médecins, des chefs d’entreprise, des gens qui ont pignon sur rue, s’investissent pour que l’on ne retrouve plus dans tous les postes de décision des professionnels de la politique qui ne savent rien faire d’autre. Et parfois même, rien du tout. Le plus grave et qu’on ne pas assez dans la presse, c’est que pendant que les disputes se poursuivent, pendant que le peuple tout entier se laisse endormir par les fariboles du pouvoir et que l’opposition se la joue à « Républicain, républicain et demi », le taux de croissance de notre économie chute vertigineusement. Mais ça, il y aura toujours un illuminé en quête d’une belle planque pour soutenir que tout va pour le mieux au Sénégal. Pour enchaîner les peuples, c’est connu, on commence par les endormir.


Sidy DIOP





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