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FEUILLES D'ESPOIR
Chers
amis, ce blog est un espace d'échange, un coin de liberté où, veste
tombée, cravate desserrée, vous et moi pourrons taquiner l'actualité.
Politiquement incorrect toujours, légitimement offensant parfois, il
sera, je l'espère, un p'tit coin pour apprécier les promesses de la vie
et les tourments des hommes qui attendent trop de la… vie.
Sidy
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EN VÉRITÉ Les raccourcis de la politique
Pourquoi y a-t-il autant de partis politiques dans un petit pays comme le Sénégal ? Que veulent les politiques en cherchant vaille que vaille à avoir pignon sur rue ? La politique est-elle en définitive une activité rentable ? En ouvrant les vannes de la démocratie au Sénégal, notamment en permettant à Léopold Sédar Senghor démissionnaire de son parti (section sénégalaise de la SFIO), de créer le BDS en 1948, le président Lamine Guèye n’avait sans doute pas en tête le scénario qui se déroule actuellement sous nos yeux. Tout comme Senghor avec ses quatre courants nés de la révision constitutionnelle du 28 décembre 1978. Et son successeur Abdou Diouf, en faisant adopter la loi n°81-16 du 6 mai 1981 était plutôt soucieux de se poser en garant des libertés individuelles, notamment la liberté d’association. Mais c’était sans compter avec les rivalités internes et les ambitions personnelles qui ont fini d’en faire une loi avachie, parce que peu regardante sur les conditions de création et de vie des partis politiques. Aujourd’hui, des partis se créent en dribblant la loi, sur des bases religieuse, régionaliste, voire ethnique sans que personne n’y trouve à redire. Peu d’hommes politiques ont une connaissance réelle du rôle d’un parti dans une démocratie. Parce qu’en réalité, c’est quoi un parti politique ? Joseph La Palombra et Myron Weiner (Political Parties and Political Development, Princeton University Press, 1966), assimilent un parti politique à : 1. Une organisation durable, dont l’espérance de vie politique est supérieure à celle de ses dirigeants actuels ; 2. une organisation bien implantée localement et dont les échelons locaux entretiennent des rapports réguliers avec l’échelon national ; 3. une organisation dont les dirigeants ont la volonté délibérée de prendre et d’exercer le pouvoir, seuls ou avec d’autres (et non pas seulement d’influencer les dirigeants politiques ; 4. une organisation cherchant à acquérir un soutien populaire, par des élections ou de toute autre manière ; 5. une organisation qui joue son rôle d’ « école de formation » pour les « futurs » dirigeants politiques du pays, portés éventuellement au pouvoir par le suffrage universel. Il est évident que nombre de « partis » politiques au Sénégal sont loin de remplir ces conditions. Faible représentativité, partis personnels, absence de démocratie interne et simple souci de conférer au leader un moyen de pression politique sont le lot quotidien de la plupart des 79 partis politiques répertoriés au Sénégal. La plupart des chefs de partis n’ont pas de compétence connue dans un domaine précis de la vie active. Ce sont des professionnels de la politique qui tirent l’essentiel de leurs revenus dans l’exercice de cette activité. Une professionnalisation certes conditionnée par le développement d’emplois rémunérateurs comme les postes politiques : ministres, députés, maires, DG des sociétés d’Etat, etc. Et c’est pourquoi au Sénégal, la politique est dans l’imagerie populaire le moyen le plus rapide de « se faire une situation ». Ce qui donne raison à Max Weber qui disait que « toutes les luttes partisanes ne sont pas uniquement des luttes pour des buts objectifs, mais elles sont aussi et surtout des rivalités pour contrôler la distribution des emplois ».
Sidy DIOP
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GESTION PERSONNALISEE DU POUVOIR PAR WADE L’Etat, c’est moi
On attendait du président Wade qu’il prenne de la hauteur et se hisse au-dessus des chapelles. Mais l’exercice du pouvoir a révélé une autre facette du pouvoir, trop centré sur lui-même et si peu soucieux de déléguer la moindre once de son pouvoir.
Publié dans "Nouvel Horizon" en 2003
Si l’on s’en fie au diagnostic du président Wade, l’avenir ne s’annonce guère sous les meilleurs auspices pour le Sénégal. Car après lui, il n’y aurait que le… désert. Le Sénégal qui a toujours fait la fierté de l’Afrique grâce à la qualité de son expertise serait ainsi tombé bien bas. « Je n’ai vu personne pour me remplacer [à la tête de l’Etat, Ndlr]. Ni dans mon parti, ni ailleurs. Je cherche encore, mais je ne trouve pas. Je ne suis pas un capitaine qui va jusqu’en pleine mer pour abandonner le navire. Je n’ai encore vu personne qui peut assurer ma relève dans la paix. (…) Vous savez, ce n’est pas facile du tout d’avoir quelqu’un pour me remplacer. Un président, cela demande du caractère avec des qualités indéniables, beaucoup de caractère et un environnement favorable. Les gens doivent avoir une bonne opinion de lui, il ne doit pas être quelqu’un qui n’est pas aimé. Je n’ai pas encore vu ce personnage dans mon parti, mais je cherche », confie-t-il à nos confrères du groupe Futurs médias (L’Observateur du 17 mars 2004). Un jugement cruel pour la classe politique. Soutiers et adversaires déclarés peuvent revoir leur copie et lustrer leur image pour passer le jury présidé par Wade himself. Pourtant, lui-même n’a pas su gagner la confiance des Sénégalais pendant ses vingt-six années d’opposition. Mais il a su bâtir cette confiance en endurant les pires épreuves et en persévérant dans sa volonté de parvenir au sommet de l’Etat. Le bon sens voudrait donc qu’il laisse à ceux qui n’ont « pas encore » la confiance de leurs concitoyens, de suivre ses pas.
Dans un Etat démocratique, le jeu du pouvoir n’est fort heureusement pas contingenté par les humeurs et les piques du prince. La succession se règle par la voie des urnes et la possibilité est offerte à tous les citoyens de briguer la magistrature suprême, pourvu simplement qu’ils soient en règle avec la loi. Le Sénégal n’est pas une royauté qui laisse au seul prince la latitude de choisir son successeur. Pourquoi Wade devrait-il, tout seul, décider de qui doit lui succéder à la tête de l’Etat sénégalais ? Nous savions que le président sénégalais n’était démocrate que par dissimulation, du moins si l’on en juge par son option déclarée pour le césarisme démocratique, dans les colonnes du « Figaro » en avril 2003, nous l’avons même entendu confier à Nouvel Horizon que « la démocratie peut être paralysante lorsqu’on discute de tout » et que, dans ce cas, « il ne serait pas mauvais d’avoir un pouvoir qui dit : “c’est comme ça” », mais là, le président est à deux doigts de dégoupiller la grenade. Le président Wade est justement venu au pouvoir en discutant de tout. Quand le président Chirac avait soutenu que « les Africains n’étaient pas mûrs pour la démocratie », le tollé avait été immense. Il y a assurément là de quoi balayer devant sa porte.
En se référant au césarisme, enveloppé bien entendu dans une marinade « démocratique » pour mieux faire passer la recette, Wade a révélé une facette importante de son personnage. Son magistère offre à souhait des exemples qui mettent en pratique sa vision de la gestion du pouvoir. Tout dans le système Wade part de lui, tout lui revient. Il ne délègue aucun pouvoir, il les prête et les reprend sans qu’on n’y prenne garde. La Constitution de janvier 2001 renforce, sur le papier, les prérogatives du Premier ministre, conformément à la volonté du nouveau président. Mais ses prérogatives sont pour le moment théoriques. Wade ne laisse pas, en effet, le loisir à son PM de se réaliser pleinement à ses côtés. On se rappelle de la manière dont Moustapha Niasse, son compagnon de campagne, a été viré officiellement pour ses visées sur le fauteuil présidentiel et, officieusement, pour n’avoir pas voulu se fondre dans le Pds, le parti de Wade. Mame Madior connaîtra la même infortune parce qu’elle n’est pas politique et ne pouvait donc rien lui apporter. Idrissa Seck a connu l’enfer pour avoir voulu « prendre de l’étoffe » à ses côtés. Tout le monde se rappelle du coup de fil du président de la République à son PM en pleine déclaration de politique générale. Du jamais vu ! Et même si les relations entre les deux hommes semblent se normaliser ces derniers jours, Idrissa Seck sait bien que sur le chemin du paradis, il n’en est encore qu’au purgatoire.
Les exemples font foison pour illustrer la trop grande confusion entre Wade et l’Etat sénégalais. Les flagorneurs de sa majesté lui ont tellement fait croire que le Sénégal lui doit son prestige qu’il a fini par y croire. « Wade est le capitaine de l’équipe du Sénégal, le libéro, l’attaquant et le gardien de but. C’est lui qui tacle, qui centre et qui marque les buts. Il lui arrive même de faire des croche-pieds à ses partenaires pour s’arroger tout seul la victoire », confie un internaute à l’humour débridé dans un forum sur internet consacré aux quatre années de l’alternance.
C’est aujourd’hui ce qui est en train d’arriver à ses alliés de la gauche. « Ils font leurs mathématiques, moi aussi je fais les miennes. Je vais bientôt créer un regroupement des forces libérales centristes. Je me prépare moi aussi très activement et vous verrez », avait-il confié à l’Observateur. De fait, il ne pardonne pas à la LD et à AJ leur liberté de ton. Pourtant, ses passages dans les gouvernements de majorité présidentielle élargie de Diouf n’ont pas été des modèles de « solidarité gouvernementale ». Mais qui n’est pas avec Wade est contre lui. Et Abdoulaye Bathily et Landing Savané l’ont appris à leurs dépens en refusant d’aller danser sur la « Promenade des Lions », à côté du secrétaire général national du Pds. Un crime de lèse-majesté qui leur vaut aujourd’hui la prononciation du divorce. Et que dire de la libéralisation de la télévision ! Dans la même interview accordée au groupe Futurs médias, le président Wade tranche le débat. « Des gens qui ont leur radio et leur journal pour m’attaquer et dire n’importe quoi sur moi, tant que je serai là, je ne leur donnerais rien. Quand je partirais, ils l’auront peut-être. (…) Si je vois de bons Sénégalais qui informent vrai et qui n’utilisent pas cet instrument pour jouer un autre rôle, j’accepterais de la leur donner ». Soit. Mais pourquoi refuser à d’autres ce que l’on fait soi-même ? La Rts n’a jamais été autant caporalisée que sous le régime de l’alternance. Illustration en a été donnée dans la soirée du dimanche 21 mars, avec la diffusion d’une émission à forts relents de propagande intitulée « L’alternance en actions ». On attend d’un Chef de l’Etat qu’il prenne de la hauteur pour se mettre au-dessus des chapelles, mais pas qu’il personnalise à ce point le pouvoir.
Sidy DIOP
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LES FEMMES BOUSCULENT LES US Le nouveau sexe fort
On leur a longtemps collé le doux sobriquet de « beau sexe ». Un euphémisme aux relents phallocratiques qui ne résiste plus aujourd’hui à l’appétit de puissance des femmes. Aujourd’hui, elles sont le « sexe fort » et comptent le demeurer.
« Chaque matin, chaque midi, chaque soir, les femmes doivent inciter leur mari à adhérer au Rassemblement démocratique africain (RDA). S’ils ne veulent pas, elles n’ont qu’à se refuser à eux, le lendemain, ils seront obligés d’adhérer… ». C’est le subterfuge que le chef d’Etat guinéen Sékou Touré, avait trouvé pour contraindre ses concitoyens à le soutenir. Nous étions à l’aube des indépendances africaines et le continent se débattait entre une tradition gibbeuse et une modernité qui se dérobait sans cesse. Mais déjà, le pouvoir des femmes perçait. Soumises à un ordre social qui faisait la part belle aux hommes, elles encaissaient et préparaient, consciemment ou inconsciemment, leur revanche. Hier, c’était « l’Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales ». C’était l’Afrique de l’Africain. De l’homme puissant et dominateur, autoritaire et fier, susceptible et ronchon comme pas deux. Il décidait en solo d’enterrer les jumeaux parce qu’ils étaient porteurs d’une malédiction jusqu’ici non identifiable. Il se détournait aussi de sa nombreuse progéniture féminine qui, dans son entendement, était un « fardeau » parce qu’improductive. Mais toute naissance d’un garçon était source d’une exquise jubilation. Elle était la preuve d’une virilité à toute épreuve et laissait voir que la semence du géniteur était de qualité. Et la femme dans tout cela ? A cette époque déjà, on en a connu qui avaient un caractère trempé dans l’acier. C’était le cas des Amazones du Dahomey et des femmes d’Abeokuta (Nigeria) qui avaient chassé le chef supposé traditionnel confirmé par les Britanniques et pris une part active dans la lutte anti-coloniale. Chez nous aussi, il y avait des figures féminines très fortes comme Aline Sitoe Diatta, la reine Dieumbeut Mbodj, etc. Mais c’était quelques rares éclaircies dans la bourrasque qui soufflait sur les femmes. Elles se soumettaient à un ordre obéissant au culte de la virilité et à la polygamie. On lui demandait de s’occuper de ses enfants et de faire guili-guili avec son mari.
Cotti cotti, yolli yolli… Mais déjà, malgré ce sort peu enviable, elles avaient développé des artifices qui leur permettaient de prendre le dessus sur leurs machos de maris. Au Sénégal, la femme a inventé des armes très efficaces pour « adoucir » son mari et l’amener même parfois à faire des choses inimaginables. L’exiguïté de la chambre nuptiale se révèle comme un véritable dépôt de munitions allant du « némali » (qui signifie assommer en wolof) au « dogali » (couper la tête), en passant par les « nay deugueur » (petits pagnes très incitatifs), les « reste ici » (de l’encens aux effluves aphrodisiaques ), etc. Tout dans ce langage guerrier indique que la femme est la maîtresse dans sa chambre. Peu d’hommes résistent à cet assaut. Le célèbre écrivain français Guy des Cars, grand spécialiste de la psychologie féminine, ne disait-il pas qu’ « en position horizontale, la femme dirige le monde ». Et c’est peu dire ! Mais cette Afrique « chantée par grand-mère » au bord d’un lointain fleuve tient difficilement aujourd’hui devant la furie revendicative des femmes. La poussée féministe a fait basculer nombre de bastions. Avec le certificat de mariage, le code de la famille et une solide formation, elles ont décrété que ce troisième millénaire sera celui de la femme triomphante. Aujourd’hui, les femmes ne se contentent plus de la simple reconnaissance. Elles s’imposent. Elles se proclament supérieures aux hommes : « jiggenñi ño ko yor »* reprennent-elles en chœur. Le concept de « jigeen bu man goor »* a fini de faire florès. La masculinisation à outrance de la société a cédé la place à une féminisation forcée. L’indépendance économique et l’inexorable progression des femmes à l’intérieur du monde du travail a bouleversé les modes de dépendance anciens. Le dernier mot n’est plus aux muscles. Faut-il croire que dans leur combat contre l’autorité, le chef et la virile compétition, les femmes sont parvenues à créer une sorte de troisième sexe ? En tout cas, un nouvel homme est né, aseptisé, doux, sensible et coquet sans être homo : l’homme métrosexuel. C’est la version mâle du XXIe siècle, émotif, délicat, intuitif, vulnérable et… féministe, voire féminin. Nous sommes entrés dans le siècle de l’égalité et du partage. De l’indifférenciation des sexes. La femme idéale à la maison n’est plus de saison, c’est désormais à l’homme de plonger dans l’atmosphère empesée du foyer sans chef.
Le temps du papa poule Curieusement, le combat féministe a permis à l’homme de se réajuster, d’évoluer sensiblement pour faire de l’espace familial un havre de paix, un espace de dialogue, de solidarité et d’échange. L’homme ne rechigne plus à jouer au papa maternant, prenant sa part de la routine quotidienne, se retroussant les manches et s’employant avec zèle à coller à l’image de l’homme idéal à la maison. Que ne ferait-on pas pour vivre en paix ! C’est l’ère du papa maternant ou papa poule, de la femme triomphante et « dure ». Elle a trinqué durant des siècles et tient vaille que vaille à faire payer ses bourreaux d’hier. C’est joli l’amour. Ce qu’elle veut dorénavant, ce n’est plus un « bon » mari, au sens fourre-tout du terme. « Trop bon, trop con », sert-on entre femmes « modernes ». Une brillante intellectuelle sénégalaise, sociologue de surcroît, s’étonnait que les hommes halpulaar refusent de cuisiner chez eux alors que nombre d’entre-eux exercent la fonction dans les hôtels et restaurants de la place. La « guerre des sexes » prend une tournure tout à l’avantage des femmes. Ils ont voulu de ce papy couveur et maintenant qu’il est à portée de main, elles s’en détournent. Elles veulent plus encore. « A ce rythme », confie un ami, « nous aurons bientôt des hommes en jupettes courtes et dessous en dentelles ». Le nouvel homme voulu et attendu par la gent féminine doit en premier, toujours assurer au litD défaillance interdite -, il doit être viril comme un acteur de film pour adultes et prêt à dégainer au moindre claquement de doigts de son insatiable moitié. Mais il doit être aussi doté d’une bonne situation professionnelle, être sensible, élégant, et assurer une protection sans machisme. Il doit en outre avoir un cœur ouvert comme un bouquin à l’eau de rose et prompt à s’émouvoir des malheurs de sa partenaire. Il doit écouter, deviner ses moindres désirs, être plus fort sans le faire sentir. Bref, une force qui se gave de faiblesses. Si vous avez le profil, faîtes-vous signaler… En tout cas, on comprend qu’à ce rythme, ce sont les hommes qui auront bientôt besoin de protection. Après le féminisme, le masculinisme peut-être.
En mal de puissance Le pire, pour l’homme, c’est que ce sont les bases même de son pouvoir qui l’ont lâché en premier. Hier chef incontesté de la cellule familiale, son autorité est aujourd’hui bousculée par une évolution sociale qui donne de plus en plus le bon rôle à la femme. La multiplication des divorces a consacré l’avènement de nouveaux chefs de familles en jupes longues et en pagnes traditionnelles. La femme a appris à élever seule ses enfants, à faire face aux tracas quotidiens du foyer. Elle s’est rendu compte que la notion de chef de famille reposait en fait sur un « deal » entre hommes. Et qu’elle était capable, parfois même avec plus de bonheur d’assumer ce rôle. Mais ce n’est pas tout, loin s’en faut. Il est un autre domaine où l’empire vacille, un domaine de souveraineté à propos duquel l’homme n’a jamais accepté de transiger. C’est celui de la puissance sexuelle, de la virilité fondatrice des positions dominantes. Il n’y a plus de maîtrise de l’érection. L’angoisse, le stress, les soucis de la vie quotidienne, et les complots de toutes sortes ourdis par des compagnes en rogne, tout concourt à rendre l’organe phallique aussi flasque qu’un… chiffon. Dans la grande banlieue dakaroise, à Thiaroye précisément, on raconte l’histoire de cette dame qui, pour se débarrasser de son mari ne trouva rien de mieux à faire que de lui jeter un « xala » et de le contraindre devant la justice à la libérer. Quand le pénis chancelle, c’est le ménage qui encaisse les contrecoups. Même dans un domaine qui était naguère l’apanage des hommes, celui de la déclaration d’amour, les femmes bousculent les habitudes. Elles n’hésitent plus à aller à l’abordage quand un homme les fait pâmer d’envie. Alors, les hommes, une espèce en voie de disparition ?
Sidy DIOP
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MOUSTAPHA NIASSE Pourquoi ça coince
Le secrétaire général de l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) a du mal à trouver ses repères dans l’opposition. Sa moindre déclaration provoque un feu nourri de critiques. Depuis son éviction du gouvernement, il cherche ses marques et multiplie les erreurs d’appréciation. Voici pourquoi.
« On peut classer les hommes politiques en deux catégories : ceux qui sont faits pour le gouvernement et ceux qui sont faits pour l’opposition. Il est rare que les mêmes excellent dans les deux emplois ». Appliqué à Moustapha Niasse, la formule de Jean-François Revel ( « Le voleur dans la maison vide », Plon, 1997) est plus qu’instructive. Ministre à plusieurs reprises sous les magistères de Senghor et de Diouf et Premier ministre désigné de Wade au lendemain de l’alternance, le secrétaire général de l’Alliance des Forces de Progrès a brillé de mille feux au pouvoir. Mais dans l’opposition depuis le 3 mars 2001 à la suite de son limogeage du gouvernement par le président Wade, l’auteur de la « déclaration du 16 juin » bafouille, cherche ses marques et s’enferme dans les bourdes. S’il a prouvé ses grandes qualités d’homme d’Etat, habitué aux allées lambrissées du pouvoir, Niasse prouve de jour en jour qu’il n’a pas assez de bouteille pour s’imposer loin des centres de décision. On n’efface pas des dizaines d’années de présence dans le saint des saints simplement en changeant de rue. Déjà mis sous le coude au sein de sa formation originelle, le Parti socialiste lézardé par une opposition fratricide entre Rénovateurs et Refondateurs, Niasse s’est montré irrésolu et même tourmenté à l’idée de quitter la villa Diouf-Tanor et ses commodités. Il a fallu que son vieil ennemi, Djibo Kâ, montre la voie et que ses amis lui mettent la pression pour qu’il se décide à ériger sa propre maison. La carrière politique de celui qui se veut aujourd’hui une alternative à l’alternance est d’ailleurs fortement marquée par les déchirures. Entré tout jeune en politique, Moustapha Niasse s’est résolument mis au service exclusif de Senghor, son père spirituel dont il fut le directeur de cabinet de 1970 à 1978 et le ministre des Affaires Etrangères à partir de 1978. C’est donc tout naturellement qu’il endossa l’ample boubou de légataire de l’héritage senghorien au même titre que Diouf. La première déchirure intervint donc au moment de la succession. Abdou Diouf lui fut préféré. Parce qu’il s’est présenté en adversaire résolu du nouveau président sénégalais, manœuvrant auprès de Senghor pour devenir maître après le maître, Niasse ne pouvait guère passer pour un allié stable de Diouf. Mais ce dernier cherchera tout de même à le ménager en en faisant son Premier ministre en 1983. Pour deux semaines seulement. Il ne supportait pas que le « vrai pouvoir » soit détenu par Jean Colin, tout puissant ministre d’Etat de Diouf. Et plus tard son ministre des Affaires Etrangères à deux reprises. Commence alors la traversée politique du désert entre 1984 et 1993, mais il en profite pour se lancer dans les affaires pour se retrouver à la tête d’une constellation de sociétés dans les domaines du pétrole, des assurances, de la consultation financière et commerciale, ou du transport. A sa place, c’est plutôt un jeune fonctionnaire qui montera à l’Everest de la notoriété aux côtés de Diouf. Niasse ne supportera pas la montée en puissance d’Ousmane Tanor Dieng et quitte le PS en claquant la porte à la mi-1999. C’est la seconde déchirure. En créant l’Alliance des Forces de Progrès, Moustapha Niasse est pour beaucoup dans la chute du régime socialiste qu’il qualifie de « mafieux ». Il attaque radicalement Diouf, exhibe ses mains propres comme les mouchoirs blancs qu’il agite à longueur de meetings malgré ses années de participation à la gestion du pouvoir et « oublie » la participation de Wade aux derniers gouvernements. Diouf KO dès le premier tour, c’est encore Moustapha Niasse qui le premier se lance dans la danse du scalp en mettant sa force de frappe électorale à la disposition du prophète du « Sopi ». Ce dernier, au comble d’un bonheur inespéré, décrète tout de go que Niasse sera son Premier ministre. Le propre des passions n’est-il pas de contredire les vocations ?
Opposant à plein temps Wade président, Niasse devient son PM. Et les peaux de banane se multiplient sur son chemin. Le Pds tire à boulets rouges sur le leader de l’AFP, qui s’irrite et fait répliquer son bureau politique. Wade se défausse sur ses ouailles, feinte en proposant à Niasse de se dissoudre en lui (en connaissant d’avance la réponse) et, en bon père soucieux du bon climat familial envoie Niasse chercher sa pitance ailleurs. C’est la troisième et dernière (pour le moment) déchirure. L’ex-socialiste est-il sorti de ce cheminement, plutôt sinueux, aigri ? En tout cas, ses premiers pas dans la nouvelle opposition sont pour le moins chaotiques. Armé d’un bruyant nihilisme, Niasse cherche vaille que vaille à effacer le douloureux souvenir de sa contribution à l’effort de guerre qui est venu à bout de l’ancien régime. Au point de déclarer urbi et orbi, lors de la campagne électorale des dernières législatives à Ziguinchor n’avoir jamais appelé à voter pour Wade mais plutôt pour le candidat de l’opposition le mieux placé au second tour. Un difficile exercice sémantique pour quelqu’un qui confie « off the record » s’être présenté en ticket avec l’actuel président. Mais on a compris que Niasse est devenu wado-incompatible après sa défénestration. Allant même jusqu’à confier à notre confrère « Le Nouvel Afrique Asie » : « Dès le 12 novembre dernier (2000, ndlr), j’avais pris l’initiative d’informer le président Wade que je serai amené à le quitter très bientôt, tout en lui précisant que je ne souhaitais pas en prendre l’initiative ». C’est compliqué la langue française. Mais on a compris qu’en cherchant ainsi à adoucir l’effet de sa mise à l’écart, Niasse vit mal cette troisième déchirure. Dès cette période déjà, Niasse a commencé à se forger, malgré lui, une image contraire à celle qu’elle veut faire passer. Le leader de l’AFP cherche en effet à se présenter en homme politique vertueux, en défenseur de l’orthodoxie dans cet univers de la déprédation qu’est la politique, mais il passe pour un donneur de leçons, un procureur moralisateur. Un homme au discours changeant comme la peau du caméléon. Une image qu’il confortera malencontreusement à plusieurs occasions. Déjà, en déclarant n’avoir pas appelé à voter Wade, Niasse a perdu beaucoup de points dans l’estime de tous ceux qui l’ont vu fièrement poser à côté du candidat « le mieux placé » dans une affiche distribuée en milliers d’exemplaires durant l’entre-deux tours. Ensuite, le secrétaire général de l’AFP a fait sien l’axiome fondamental chez Mitterrand : « ne jamais reconnaître le moindre mérite à l’adversaire ». Mais les vérités de la France ne sont pas celles du Sénégal. Dans le contexte post alternance, le nihilisme de Niasse peut difficilement passer. Le Sénégal est dans l’euphorie de la victoire. Wade en état de grâce. « Les populations angoissées, découragées ou inquiètes par leurs conditions de vie, accueillent avec espoir et enthousiasme toute promesse explicite d’améliorer leur sort ou toute définition claire des ennemis responsables de leurs privations. Le dirigeant qui sait proposer de telles promesses et définitions en emportant la conviction devient un héros », écrit Murray Edelman, professeur émérite de sciences politiques à l’université de Wisconsin (« Pièces et règles du jeu politique », Seuil, 1991). Et Wade est un héros au moment où Niasse multiplie les attaques contre le régime qui se met en place. « Il n’a pas su attendre sagement son heure en laissant tranquillement le crédit de Wade s’éroder avec le temps », confie un observateur politique. Que nenni ! Niasse noircit le tableau et tire sur Wade, ramant à contre-courant de l’immense espoir né de l’alternance auquel il a pourtant contribué. Son manque de clairvoyance est tel qu’il ne se prive point de donner son opinion, toujours sombre, sur des questions sur lesquelles son intérêt était plutôt de faire le mort et de laisser le temps sévir. Ainsi le 16 juin dernier, lors de la célébration de l’anniversaire de l’appel du… 16 juin, le leader de l’AFP a pris des libertés par rapport à son discours, se prononçant sur les 840 milliards annoncés au Sénégal à la suite de la rencontre entre le Sénégal et le groupe consultatif des bailleurs de fonds à Paris. «Il n’y a pas eu de négociations à Paris », confie-t-il, récusant tout de go l’acquisition d’un tel montant. Dans l’entendement de nombre de Sénégalais qui ont applaudi à l’annonce de la « prouesse » du PM, Niasse passe pour un méchant qui ne souhaite point la réussite des autres. La logique politique commandait pourtant qu’il laisse les Sénégalais eux-mêmes se rendre compte du décalage entre ce qui a été annoncé et la réalité, quitte à exploiter la faille plus tard. Ce faisant, Niasse s’est attiré les foudres de tous ses compatriotes qui se nourrissent des rêves embouteillés par le nouveau régime. Et, naturellement, le feu a été nourri chez ses adversaires du Pds qui cherchent coûte que coûte à le neutraliser.
Reculade fatale Autre fait illustratif des difficultés de l’ex-Premier ministre à trouver ses marques dans le terrain de l’opposition apparemment plus difficile à apprivoiser, l’affaire des six milliards de la Sonacos. Après avoir accusé l’Etat d’avoir détourné six milliards de la Sonacos le 29 avril 2002 à Wack Ngouna, il a reculé sous la menace de la levée de son immunité parlementaire par une commission constituée à cet effet, passant d’affirmations à peine voilées à des interrogations. Résultat : nul se savait à qui se fier. A Niasse ou à Moustapha ? En politique, c’est connu, le but est l’essentiel et la personne accessoire. Ce que n’a pas compris Niasse qui a oublié qu’avant de gravir les marches du palais présidentiel, le président Wade a dû faire de nombreux allers-retours entre la prison et son domicile du Point E. « L’homme politique, le vrai, c’est celui qui veut l’Himalaya (le pouvoir), et y parvient parfois, est d’abord un aventurier. Il a appris (…) qu’il faut certes calculer, mais qu’on ne supprime pas l’impondérable, que “celui qui veut savoir d’avance où il va, par où il passe, ce qu’il va trouver et quand il faut arriver”… n’ira pas loin parce qu’il ne prendra pas le départ », écrit Béchir Ben Yahmed, le directeur de Publication de l’Intelligent. A méditer.
Sidy DIOP
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