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FEUILLES D'ESPOIR
Chers
amis, ce blog est un espace d'échange, un coin de liberté où, veste
tombée, cravate desserrée, vous et moi pourrons taquiner l'actualité.
Politiquement incorrect toujours, légitimement offensant parfois, il
sera, je l'espère, un p'tit coin pour apprécier les promesses de la vie
et les tourments des hommes qui attendent trop de la… vie.
Sidy
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POLITIQUEMENT INCORRECT
Une vie de Président
Par Sidy DIOP
C’est fou ce qu’un rêve peut transformer votre vie. Hier nuit, j’ai rêvé d’être PR. Si, si, Président de la République. Partout des foules extraordinaires qui scandaient mon nom. Des caméras à la pelle. Des milliers de flashs. Une flopée de journalistes sous le charme. Mon adversaire – je ne me souviens ni de son nom ni de son visage - m’a chaleureusement félicité au téléphone et en direct dans plusieurs journaux parlés. Je me rappelle mon discours d’investiture devant une assistance emportée par mon éloquence. Je me souviens du cortège me menant droit au palais présidentiel et le doux hurlement des sirènes qui disaient clairement (à mes oreilles en tout cas) : « Place à Borom Rewmi ! ». Et puis la belle parade des chevaux de « ma » garde personnelle venus m’accueillir sur le Boulevard de la République. Je me suis même surpris dans mon rêve à répéter machinalement un chiffre : 196 200. La superficie du Sénégal en km2. « Je soliloquais tranquillement en regardant cette foule massée tout au long de la route : “Voilà diambar, me disais-je, tu règnes sur 196 200 km2 sur lesquels tu as plein pouvoir ». Mais la force d’un rêve, c’est aussi d’entortiller des situations proches ou liées que la conscience aura toujours du mal à entrelacer. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans un autre acte de la pièce présidentielle, une autre scène moins gaie dans laquelle la même foule admiratrice s’est mué en une multitude agressive et bouillonnante qui vociférait des menaces inadmissibles pour le Président que j’étais. Elle voulait du pain, du gaz, de l’eau, de l’électricité, du riz, etc. Et tout en même temps. Elle me jetait mes promesses électorales à la figure et ne voulait rien comprendre à mes explications sur le passif de l’ancien régime. « Menteur », « voleur »… Le plus insupportable, c’était ces parents qui me réclamaient un enseignement de qualité, ces jeunes élèves en larmes qui me suppliaient de sauver leur année scolaire alors que leurs enseignants exigeaient des avantages impossibles à satisfaire. N’en pouvant plus, au bord de l’apoplexie, j’ai été fort heureusement sauvé par ma fille qui m’a réveillé pour la déposer à son école. Ouf !
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POLITIQUEMENT INCORRECT Noble ambition ?
Par Sidy DIOP
Chronique publiée dans "Le Soleil" pendant la campagne présidentielle de mard 2007
« Devenir président de la République : comment se l’enlever de la tête ? ». Cela pourrait être l’intitulé d’un essai de psychologie à mettre à la disposition de la foultitude de candidats – et tous les autres – qui nourrissent le dessein de revêtir les atours du « Primus inter pares ». On ne saurait assez leur recommander la lecture du « Petit Bouvard illustré ». Président ! Nombreux sont ceux qui n’y voient que les privilèges et, accessoirement, la gloire rattachés à la fonction. Sinécure, plus que sacerdoce. Beaucoup de pouvoirs, peu de devoirs. Commandeur, plus que serviteur. Honneurs sans servitudes. Bref, bamboula à outrance. Il suffit pourtant de lire notre Loi fondamentale pour se convaincre de l’ampleur de la tâche d’un Chef d’Etat. Le Président de la République est, en effet, le gardien de la Constitution. Il est le premier Protecteur des Arts et des Lettres du Sénégal. Il incarne l'unité nationale. Il est le garant du fonctionnement régulier des institutions, de l'indépendance nationale et de l'intégrité du territoire. Il détermine la politique de la Nation. Il préside le Conseil des Ministres. Le Président de la République est responsable de la Défense nationale. Il préside le Conseil supérieur de la Défense nationale et le Conseil national de Sécurité. Il est le Chef suprême des Armées ; il nomme à tous les emplois militaires et dispose de la force armée. C’est prenant, c’est étouffant, mais pas assez rebutant pour un aspirant qui ne songe qu’aux fonds politiques, aux voyages et aux opportunités d’enrichissement que confère naturellement l’exercice du pouvoir. Le monde de la politique reste ainsi, chez nous plus qu’ailleurs, une fin, pas un moyen ; le raccourci idéal vers la réussite. A tout prix ! Nombre de postulants à la magistrature suprême et aux autres activités connexes (députés, maires, etc.), ne sont guère des « lumières ». Beaucoup d’entre eux n’ont jamais exercé une activité professionnelle connue. Leur seul mérite, c’est d’avoir fait de la politique. Ils en vivent et sont prêts à toutes les circonvolutions pour s’accrocher à la locomotive du pouvoir. Quand on ne sait rien faire, il faut avoir de l'ambition. Et celle-ci ne serait qu’un nom noble donné aux besoins d'argent. Philippe Bouvard dixit.
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POLITIQUEMENT INCORRECT Passions
Par Sidy DIOP
Chronique publiée dans "Le Soleil" pendant la campagne présidentielle de mars 2007
Une question pour commencer : existe-t-il une pulsion politique ? On connaît les pulsions d’amour, de faim, de vie ou de mort, mais la pulsion politique au sens freudien, c’est-à-dire « une poussée ponctuelle et motrice qui vise à une satisfaction et est le moyen initial de cette satisfaction » ? Faudra sans doute poser la question aux psychanalystes pour se faire une idée. Mais l’on peut se permettre d’avancer sans risque de se faire remonter les bretelles par quelque encyclopédiste trop près de son savoir que la passion politique existe bel et bien. Voyez donc tous ces gens si responsables qui, à force de donner leur avis sur tout et sur rien, dans les radios, les télés, les journaux ou même, plus frontalement, dans des rassemblements militants, ont fini par passer pour des experts en politique. Ce sont les mêmes que l’on entend pousser des cris d’orfraie : « Elections, pas touche ! ». Ce sont les mêmes que l’on voit suer à grande eau au cours de marches de protestation, slogans scotchés aux pancartes et cœur au bord de la rupture. Ils sont meilleurs en tout que leurs semblables et sont les seuls habilités à parler en leur nom, à décider pour eux sur tout et, -ils sont intraitables là-dessus- sont abonnés aux premières loges. Ils portent des titres ronflants du type « président », « secrétaire général » et exigent, sans le moindre déplaisir que l’on leur serve du « Monsieur ». Passion politique, donc. Volonté de puissance. De domination. Rien n’a voir avec cette autre passion plus noble qu’est l’amour. Souci et quête de l’autre. Partage. Solidarité. La politique, dans l’acception servie dans moult tribunes par ces adulateurs du pouvoir, n’est pas très éloignée de l’amour. En principe, mais en principe seulement, on cherche le pouvoir pour se mettre « au service » de son peuple. Mais la passion politique ne boxe pas sur le ring de la noblesse de cœur. Elle est, pour recoller à la sémantique freudienne, cette « libido dominandi » décrite par St Augustin. Elle est génocidaire et conduit tout droit au Tribunal Pénal International alors que la passion amoureuse ne cause que des homicides et ne mène qu’en Cour d’assises.
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DERNIERES LIGNES
Deux valent mieux qu’une !
Par Sidy DIOP
« Ñaarel dafa xew »*. La formule est devenue l’hymne de nombre de mecs en quête de nouvelles sensations. Les recettes éculées de la première ne retiennent plus ces coureurs toujours à l’affût de rondeurs et de cambrure. De jeunesse et de plaines vierges à ensemencer. Et, curieusement, un peu partout, la nouvelle mode est à la « ñaarel ». On se marie au nom de l’Islam sans se soucier de la condition posée par le Prophète (PSL) : « Si vous craignez de ne pas être justes, alors prenez une seule épouse » (4e sourate). Mais, c’est là un autre débat qui n’intéresse visiblement que les… femmes.
Les femmes sont aujourd’hui courtisées, chantées, fréquentées et respectées comme jamais dans l’histoire de l’humanité. Pendant des siècles, elles ont été vouées aux destins secondaires d'épouses, de mères, voire de signes extérieurs de richesse: le roi Salomon dispose ainsi de 700 femmes et de 2 300 concubines. Les civilisations grecque et romaine ne tiennent pas la femme en plus haute estime. Aristote la voit comme «un mâle stérile», Périclès décrète que «la plus grande vertu d'une femme, c'est de savoir se taire», tandis que la mythologie hellénique est fondée sur la légende de Pandore, première femme de l'humanité, qui ouvrit sa funeste boîte à fléaux et répandit le malheur sur le monde. Qui n’a pas entendu parler de la boîte de Pandore. Brrrr !!!!
Sur la même veine, Saint Augustin avait décrété : « Homme, tu es le maître, la femme est ton esclave, c'est Dieu qui l'a voulu. » Saint Thomas avait enfoncé le clou : «La femme a été créée plus imparfaite que l'homme, même quant à son âme. » Juifs et musulmans ne disent pas le contraire. Pauline Bebe, première et unique femme rabbin de France, ordonnée par la communauté libérale, citée par l’Express raconte : «Le Talmud comporte un texte qui dit que Dieu a créé la femme à partir d'une côte de l'homme, car, s'il avait choisi les yeux, elle aurait été curieuse, les mains, elle aurait été chapardeuse, la bouche, elle aurait été bavarde, etc. Mais le texte conclut que, malgré ces précautions, la femme est quand même curieuse, chapardeuse, bavarde...»
Hier, c’était « l’Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales ». C’était l’Afrique de l’Africain. De l’homme puissant et dominateur, autoritaire et fier, susceptible et ronchon comme pas deux. Il décidait en solo d’enterrer les jumeaux parce qu’ils étaient porteurs d’une malédiction jusqu’ici non identifiable. Il se détournait aussi de sa nombreuse progéniture féminine qui, dans son entendement, était un « fardeau » parce qu’improductive. Mais toute naissance d’un garçon était source d’une exquise jubilation. Elle était la preuve d’une virilité à toute épreuve et laissait voir que la semence du géniteur était de qualité.
Pourtant, malgré ce sort peu enviable, elles avaient développé des artifices qui leur permettaient de prendre le dessus sur leurs machos de maris. Au Sénégal, la femme a inventé des armes très efficaces pour « adoucir » son mari et l’amener même parfois à faire des choses inimaginables. L’exiguïté de la chambre nuptiale se révèle comme un véritable dépôt de munitions allant du « némali » (qui signifie assommer en wolof) au « dogali » (couper la tête), en passant par les « nay deugueur » (petits pagnes très incitatifs), les « reste ici » (de l’encens aux effluves aphrodisiaques ), etc. Tout dans ce langage guerrier indique que la femme est la maîtresse dans sa chambre. Peu d’hommes résistent à cet assaut. Le célèbre écrivain français Guy des Cars, grand spécialiste de la psychologie féminine, ne disait-il pas qu’ « en position horizontale, la femme dirige le monde ». Et c’est peu dire !
Le dernier mot n’est plus aux muscles. La preuve, muscles rentrés, armes enfouies, l’homme s’est tellement abandonné aux artifices de la femme qu’une seule ne lui suffit plus. Qui disait que « Ñaarel dafa xew » ?
* « La seconde épouse est à la mode ».
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TRAITS POLITIQUES
Démocratie médiatique
Par Sidy DIOP
La presse est-elle en passe de devenir, au Sénégal, l’instance de légitimation de la politique ? L’attachement quasi-atavique des hommes politiques sénégalais à une présence régulière dans les colonnes de la presse écrite, sur les ondes de la FM et sur les écrans de télévision incline à répondre par l’affirmative. Le phénomène a tellement pris de l’ampleur ces dernières années qu’une agence de communication de la place avait estimé utile de procéder à un pointage régulier des journaux dakarois et dressait un classement hebdomadaire des hommes politiques les plus médiatiques. Cette hypermédiatisation de la politique est, bien entendu, décriée par de larges franges de l’opinion qui ont l’impression d’être prises en otage par la classe politico-médiatique.
Journalistes et hommes politiques s’inscrivent dans un mouvement de balancier où les uns profitent des petites phrases assassines pour faire « mousser » leurs gros titres et les autres de la capacité d’influence sur l’opinion de ces relais médiatiques pour affiner leur image ou leur offre politique. Aidés par des états-majors dont le rôle de gourous de la stratégie revient souvent à des conseillers en communication, les hommes politiques sont promus, vendus exactement comme on peut faire valoir des produits d'entretien. Désormais, la communication a tendance à remplacer l'action. « Parlez de moi, même en mal », suppliait un homme politique qui ne supportait pas de ne jamais figurer sur le baromètre de popularité d’un hebdomadaire de la place.
L’action politique est-elle consubstantielle à l’exposition médiatique ? Ou est-ce que les seuls plans médias concoctés par des spin doctors suffisent à garantir l’efficacité de l’action politique ? On a reproché à l’opposition, lors de la dernière présidentielle, d’avoir confondu l’espace médiatique au terrain politique ; ce qui, au finish lui a valu sa déconvenue de février 2007. Longtemps, les politiques s'étaient laissé guider par leur intuition, sur la façon de faire campagne, comme sur la façon de gouverner. Puis les conseillers en communication ont prétendu être les seuls capables de leur fournir les clés et les outils nécessaires pour convaincre l'opinion en investissant… la presse.
De fait, la communication est aujourd’hui un puissant outil de persuasion politique. Sans communication politique, il n'y a pas un candidat qui puisse prétendre devenir présidentiable. Mais, elle ne fait pas la politique à elle seule. Tout le monde a cru, à tort, que Kennedy avait été élu contre Nixon grâce à la télévision. Ce n'était pas vrai. Au cours de leurs célèbres face-à-face, Nixon semblait confondre la télévision avec la radio; il parlait sous l'oeil des caméras comme on s'exprime au micro d'une radio, avec des slogans, des phrases toutes faites, apprises par coeur. Kennedy, lui, semblait hésiter, mais à cause même de ces hésitations, il donnait des gages de sincérité. C'est cette sincérité qui est passée grâce à la télévision. On oublie souvent, sous nos tropiques, que la communication ne parvient pas à façonner entièrement l'opinion. Ainsi les lecteurs n'apprécient guère que la presse prenne parti à leur place. Ils ont alors une réaction de rejet vis-à-vis des médias, qu'ils soupçonnent de vouloir les manipuler et, du coup, font le contraire de ce que les médias paraissent leur dicter. Les résultats de la dernière présidentielle sénégalaise en disent long sur la capacité de révolte de l’opinion. L'opinion peut se laisser séduire un temps par une image savamment cultivée. Mais elle finit toujours par juger l'homme politique à ses actes. Et si ce qu'il fait déçoit, son image se brise. L'exposition médiatique, alors, ne sert plus à rien.
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